jeudi 1 février 2018

FEVRIER 2018

"J'étais en prison et vous êtes venus à moi"

Matt 25, 36

Père Lataste, apôtre des prisons
 (1832-1869)


« Dieu, pour se donner à nous, ne nous demande pas ce que nous fûmes, il n'est touché que de ce que nous sommes. » 

Ces paroles s'adressaient aux prisonnières internées à Cadillac-sur-Garonne, près de Bordeaux, au cours d'une instruction de retraite prêchée aux détenues, en septembre 1864. Il peut sembler ironique de ménager une retraite aux femmes d'une Maison Centrale, qu'on a justement soustraites du monde des vivants. 

On peut croire que le prédicateur de cette étrange retraite n'était pas venu à la prison de femmes sans appréhension. Lui-même l'avouera plus tard: " J'y suis entré avec un grand serrement de cœur, avec la pensée que c'était ou que ce serait peut-être inutile. " 

Il semble difficile, en effet, de rêver auditoire plus ingrat, moins préparé à recevoir la parole de Dieu. Les incroyants et les pécheurs qu'on atteint du haut d'une chaire d'église manifestent, au moins par leur présence, une velléité dans la connaissance de la vérité ou la rectification de leur conduite. Qu'attendre de misérables créatures, tombées, dévoyées, qui, après avoir connu l'humiliation de voir leur pauvre vie étalée au grand jour du tribunal, connaissent maintenant l'horreur et l'avilissement de la prison? Elles seraient là parce que le règlement les y forcerait. - Qui sait? une diversion, même pieuse, ne leur déplairait point: entendre une voix humaine, voir quelqu'un du dehors, du monde où l'on est libre, où l'on peut vivre, est un vrai soulagement dans la monotonie et l'abrutissement de la réclusion forcée. Si le Père Lataste avait eu quelque expérience du milieu des prisons de femmes, il aurait pu se laisser aller à des réflexions autrement déprimantes. 

Il n'était pas homme à reculer devant une tâche ardue. Il avait même désiré l'occasion de secourir la 
déchéance des filles perdues, la pire qu'il avait imaginée, mais il n'avait guère envisagé ce ministère, d'ailleurs incertain, qu'à la sortie des prisons. Est-ce qu'on évangélise 1'enfer? La mort dans l'âme il avait pris le chemin de la forteresse hostile. Le Supérieur avait désigné, au hasard, ce jeune religieux qui avait si bien débuté dans la parole publique; au reste, n'était-il pas originaire lui-même de Cadillac?

Le P. Lataste remplirait pourtant son travail consciencieusement, comme tout ce qu'il avait fait jusqu'ici.(...)

« Je ne sais, disait-il, si vous avez pris garde à ceci : en commençant, comment vous ai-je appelées? Mes chères sœurs. Mes chères sœurs! Comprenez-vous cela? Que m'êtes-vous, après tout? Hier, je ne vous connaissais pas, et dans quelques jours nous nous séparerons, peut-être pour ne plus nous revoir ici-bas. Bien plus, vous êtes des femmes dégradées - nous pouvons bien nous dire nos vérités, nous sommes en famille (sic) - vous êtes des femmes dégradées, avilies, mises au ban de la Société. Si vous sortiez d'ici, si l'on voit d'où vous sortez, on vous montrerait du doigt, on se méfierait de vous, on ne voudrait pas de vous peut-être même pour servantes ou pour femmes de peine. Je n'approuve point cela, je sais bien que c est, injuste souvent, cruel, tout ce que vous voudrez, mais enfin, cela est ainsi. Et maintenant, je suppose qu'au lieu de vous présenter comme servantes ou comme femmes de peine, vous alliez trouver une autre jeune fille, ou une autre femme de votre âge et que lui présentant la main vous lui disiez: « Sois mon amie, sois-moi une sœur, je t'aime », vous la verriez sans doute, si elle savait qui vous êtes, vous la verriez sans doute repousser votre main, avec pitié peut-être, avec dégoût aussi. Pauvre femme, se dirait-elle en elle-même, que me demande-t-elle là? Une voleuse, une reprise de justice, une empoisonneuse peut-être, une infanticide, que sais-je? Pauvre femme, voilà du pain si vous en voulez, mais je ne puis avoir commerce d'amitié avec vous; passez votre chemin. Voilà la plus douce réponse qu' on pourrait vous faire. 

Et moi, moi ministre de Dieu, consacré, quoique très indigne, au service de ses autels, voué pour toute ma vie à la privation absolue de ce dont vous avez abusé, volontairement lié par les vœux perpétuels de pauvreté, d'obéissance, de chasteté, moi je viens à vous de moi-même, sans attendre que vous m'ayez appelé, et vous tendant les mains, je vous appelle : mes bonnes, mes pauvres, mes chères sœurs. Et ce n'est pas là une parole banale, je suis prêt à faire pour vous bien plus encore. Vous n'aurez qu'à le vouloir, qu'à le désirer, qu'à vous présenter à la porte du Saint Tribunal, et là, ce ne sera plus seulement un frère que je serai pour vous, ce sera tout ce qu'il y a de plus doux et de plus aimant sur la terre, et vous m'appellerez : Mon Père! et je vous nommerai : mon enfant ! et il s'établira entre nous, si vous le voulez, les relations de la plus franche, la plus sincère, la plus cordiale intimité qui fût jamais. Je vous ouvrirai mon cœur et vous m'ouvrirez le vôtre, et ces liens, quoique ne devant durer que quelques jours, seront si forts et si sacrés, que la mort même ne les pourra détruire, et que nous les retrouverons au ciel, un jour, si nous y allons, vous et moi .... 

Et d'où vient que vous m'êtes si chères, vous que le monde oublie et méprise? ... C'est que nous sommes les ministres d'un Dieu qui vous aime, malgré vos souillures, d'un amour sans égal ici-bas, d'un Dieu qui vous poursuit de son amour sans cesse ... Si vous saviez comme il est bon, ce Dieu dont vous êtes séparées et qui vous rappelle ... »

M-H Lelong : Les Dominicaines des prisons

Résolutions

Nous n'avons sans doute pas tous l'occasion de visiter des prisonniers.  Parfois l'occasion s'en présente ( Témoignage  ) Mais nous devons et pouvons tous prier pour ces prisonniers : la prison est parfois un lieu de conversion ... pour autant que des âmes prient et se sacrifient pour eux.  

Et il ne nous sera peut-être pas inutile de regarder en nous-même la manière dont nous considérons ces âmes. 

lundi 1 janvier 2018

JANVIER 2018

Enseignement du catéchisme


 Après le Ve  Mémoire, que j'ai consacré à mon père, un certain nombre de personnes m'ont demandé d'en écrire un autre, qui porterait sur ma mère, dont les vertus, dignes d'être connues, sont pour la gloire de Dieu ; elles sont aussi un exemple de vie chrétienne pour les épouses, les mères de famille et les maîtresses de maison. Car ma mère était toujours exacte et ingénieuse dans l'accomplissement de ses devoirs envers Dieu, envers sa famille et envers son prochain.

Les commandements de Dieu étaient sa règle de vie, et elle les inculquait à tous. Elle avait pris pour norme personnelle ce que nous dit Jésus Christ dans son Évangile. Au jeune homme qui s'approcha du Seigneur et qui lui demanda: « Maître, que dois-je faire de bon pour avoir la vie éternelle? », Jésus répondit: « Pourquoi m'interroges-tu sur ce qui est bon? Un seul est bon. Si tu veux entrer dans la vie, garde les commandements. » - « Lesquels? »,  demanda le jeune homme.  Jésus répondit: « Tu ne tueras pas, tu ne commettras pas d'adultère, tu ne voleras pas, tu ne porteras pas de faux témoignages, honore ton père et ta mère; et aussi: Tu aimeras ton prochain comme toi-même» (Mt 19, 16-19).

Au légiste qui voulait savoir quel était le plus grand commandement de la Loi, Jésus déclara: « Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme et de toute ta pensée. C'est là le plus grand et le premier commandement. Le second lui est semblable : Tu aimeras ton prochain comme toi-même. À ces deux commandements toute la Loi est suspendue, ainsi que les Prophètes» (Mt 22, 37-40).

La suite montrera combien ma mère avait ces paroles gravées dans son esprit et dans son cœur, comme si Dieu lui avait redit ce qu'Il avait demandé à Moïse de transmettre à son peuple: « Écoute Israël! Le Seigneur notre Dieu est le seul Seigneur. Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme et de tout ton pouvoir. Ces paroles que je te commande aujourd'hui, qu'elles soient dans ton cœur! Tu les inculqueras à tes fils et tu en parleras, assis dans ta maison et marchant sur le chemin, en te couchant et en te levant; tu les attacheras comme un signe sur ta main, et elles serviront de fronteau entre tes yeux; tu les écriras sur les poteaux de ta maison et sur tes portes» (Dt 6, 4-9).

Ma mère ignorait probablement le mot à mot de ces paroles de la Sainte Écriture, mais elle se comportait comme si ce texte avait été gravé dans son esprit et dans son cœur. Elle en vivait et elle amenait ses enfants et sa famille à les pratiquer.

Pendant le carême, ma mère avait l'habitude, après le souper, de faire le catéchisme à toute la famille, y compris aux jeunes qui venaient à la maison et qui parfois passaient la nuit chez nous à cause de la distance. Elle commençait en disant: « Nous allons voir si nous nous Souvenons de notre catéchisme, pour ne pas avoir honte quand viendra le moment d'accomplir notre devoir pascal ».

Elle rappelait d'abord les dix commandements de Dieu: « Premièrement, aimer Dieu par-dessus tout. C'est le commandement qui me dérange le plus. Je ne suis jamais sûre d'aimer Dieu plus que mon époux et mes enfants. Mais Dieu est si bon qu'il me pardonnera et qu'il aura pitié de moi».

Puis elle énumérait chacun des autres commandements. Au sixième commandement, concernant la chasteté, elle s'arrêtait de nouveau et disait: « Ici, une grande prudence est de rigueur, car les tentations sont nombreuses, et nombreux aussi les dangers. »  Se tournant alors vers mon frère et mes sœurs, elle disait: « Vous, faites bien attention de ne pas vous laisser tromper et n'ayez aucun rapport avec quiconque vous propose de pareilles choses. Avant tout, la grâce de Dieu, notre réputation, notre honneur personnel et notre dignité. Au jour de mon mariage, Dieu m'a fait la grâce de Lui offrir la pure fleur de ma chasteté. J'ai déposé cette fleur sur son autel et j'ai reçu en retour d'autres fleurs, ces nouvelles vies qu'il a voulu me donner. C'est ainsi que Dieu m'a aidée et bénie. » Puis elle en venait aux commandements de l'Église, aux vertus théologales, aux œuvres de miséricorde, etc., selon le catéchisme du temps.

Mon père, mon frère et mes sœurs, à tour de rôle suivant l'âge, tous y passaient. Finalement venait le tour de la benjamine. Parfois mon père disait:

- Elle n'en a pas besoin, elle n'a pas encore fait sa première communion.

À quoi ma mère répliquait:

- Si, elle en a besoin, car le curé la met debout sur la table de la sacristie et il lui pose des questions auxquelles les autres ne savent que répondre; elle a donc besoin de tout savoir sur le bout du doigt.

J'écoutais et je répétais comme un perroquet, sans rien comprendre. N'empêche que ma mémoire retenait et que mon esprit en restait imprégné. Maintenant la nostalgie s'empare de moi quand je me rappelle ces temps heureux où l'innocence reçoit et retient tout comme autant de bons souvenirs mis en réserve.

La grande vertu de ma mère reposait sur le roc de la Loi de Dieu et celle de son Église. Tous ceux qui l'ont connue ou qui sont entrés en relation avec elle ont pu l'apprécier et l'admirer.

Le chanoine José Galamba de Oliveira me dit un jour à Valença do Minho: « Vous savez, votre mère est plus une femme de l'Ancien Testament qu'une femme de notre temps. »

Mémoires de Sœur Lucie II ( p 47 à 49 )

Résolutions
  • -          Approfondir et étudier le Catéchisme nous-même (Catéchisme de Saint Pie X, Catéchisme du Concile de Trente, Catéchisme de persévérance de Mgr Gaume, Mgr de Ségur)
  • -          Si vous en êtes capables, lancez-vous dans l’enseignement du catéchisme, avec les conseils d’un prêtre ou religieux de la Fidélité Catholique
  • -          Donnez, distribuez de bons livres, brochures …  Le choix ne manque pas ; si vous hésitez, demandez conseil à quelque personne de confiance.



mardi 12 décembre 2017

DÉCEMBRE 2017

Soin et visite des malades


Témoignage de Sœur Lucie dans ses Mémoires II (p 19 à 21)
On venait souvent demander à ma mère de se rendre chez une personne malade. Maman laissait tout et partait en confiant ce qu'il y avait à faire à une de mes sœurs plus âgée qui était à la maison. 

Je me souviens d'un jour où marraine Teresa était chez nous, bavardant avec ma mère. Entra un petit garçon, fils de Ti Prazeres, qui habitait la maison voisine de la nôtre, sur le côté gauche en direction de Casa Velha. Il venait demander à maman de se rendre chez lui, car sa mère était malade. Maman se leva aussitôt pour y aller, mais marraine Teresa lui dit: 

- Ma fille, tu ruines ta santé en voulant ainsi soigner tout le monde. 

Ma mère répondit: 

- Ne vous en faites pas. J'aide les autres, et Dieu m'aide. 

Lorsqu'il lui arrivait d'être appelée pendant la nuit, c'était mon père qui se levait pour répondre, puis transmettait la commission à maman et, tandis qu'elle s'habillait, il allumait la lanterne pour qu'elle ne se heurte à rien en chemin.

Quand a sévi l'épidémie de pneumonie, en 1918, il n'y avait à la maison que mes parents, mon frère Manuel, ma sœur Gloria et moi. Il me semble que ma sœur Carolina était à Leiria. L'épidémie a frappé presque tout le monde. Ma mère et ma sœur Gloria allaient de maison en maison soigner les malades. Un jour, l'oncle Marto avertit mon père de ne pas laisser aller maman et ses filles chez les malades pour les soigner, car c'était une épidémie très contagieuse et nous pourrions aussi tomber malades. 

Le soir, quand mon père rentra à la maison, il défendit à ma mère et à ses filles d'aller soigner les malades chez eux. Maman écouta, en silence, tout ce que mon père disait et répondit après: 

- Ecoute, tu as raison. C'est exactement comme tu le dis. Mais, regarde, comment pouvons-nous laisser mourir tous ces gens sans qu'ils aient un verre d'eau? Le mieux serait que tu viennes avec moi pour constater l'état dans lequel se trouvent ces personnes et juger si nous pouvons les laisser à l'abandon. 

Et, montrant du doigt une grande marmite suspendue dans la cheminée au-dessus du foyer, elle dit: 

- Tu vois cette marmite ? Elle est remplie de poulets. Quelques-uns ne sont même pas à nous: je les ai rapportés de chez les malades, car les nôtres ne suffiraient pas pour tous. Ils sont en train de cuire pour faire du bouillon. J'ai déjà les petites marmites, qui leur appartiennent. Si tu voulais m'accompagner, tu m'aiderais à porter les paniers contenant les marmites de bouillon et, en même temps, tu verrais et nous déciderions comment il faut agir. 

Mon père accepta. Ils remplirent les marmites de bouillon et ils partirent tous les deux avec deux paniers, un dans chaque main. Peu après, mon père rentra avec un bébé dans son petit berceau et il dit à ma sœur Gloria et à moi-même:

- Prenez soin de ce petit. Ses parents sont tous les deux au lit avec la fièvre et ne peuvent s'occuper de lui. 

Il sortit de nouveau et peu après rentra avec deux enfants qui pouvaient déjà marcher, mais ne pouvaient se débrouiller seuls, et il dit: 

- Occupez-vous encore de ces deux petits: ils ne font que pleurer autour du lit de leurs parents qui ont la fièvre et ne peuvent s'occuper d'eux. 

Et ainsi, il en ramena plusieurs, je ne me rappelle pas combien. 

Le lendemain, on vint nous dire que, chez tante Olimpia, tout le monde était également au lit avec la fièvre. Mes parents y allèrent aussi pour les soigner. Ils les trouvèrent légèrement mieux, mais quatre d'entre eux demeuraient toujours avec une fièvre qui les minait petit à petit et l'un après l'autre. En peu d'années, il en mourut quatre: François, Jacinthe, Florinda  et Teresa. 

Pendant cette période, mes parents ne faisaient qu'aller de maison en maison pour soigner les malades. Mon père et mon frère Manuel s'occupaient également des bêtes qui, dans leurs étables, hurlaient de faim; ils devaient traire les vaches pour donner du lait aux malades et aux enfants. A ceux-ci, on donnait également des soupes de pain ramolli dans du bouillon; aux plus grands, quelques bouts de viande mélangés au bouillon, avec un peu de riz; la même chose aux malades qui allaient mieux. 

Les besoins étaient tellement grands que mes parents n'hésitèrent pas à me laisser aller pour quelques nuits chez une veuve qui vivait seule avec un fils tuberculeux au dernier degré; cette veuve pouvait ainsi se reposer, sachant qu'il y avait dans la maison une fille de 11 ans capable de donner à son fils un verre d'eau ou une tasse de bouillon et qu'il pouvait appeler en cas de besoin. Je ne me souviens pas du nom de la femme ni du fils, mais de leur maison qui était entre celle de tante Olimpia et celle des forgerons. Pour y entrer, on montait un escalier de pierre qui donnait sur la rue. Le jeune malade passait les nuits, assis dans son lit, appuyé contre les oreillers, sans pouvoir respirer. Quelquefois j'allais à la cuisine chercher l'éventail et je l'agitais devant son visage pour lui donner un peu d'air. Quand il me voyait là, il était tellement content qu'il prétendait mieux dormir ces nuits-là. 

On avertit aussi mon père qu'il était téméraire de me laisser aller dans cette maison à cause du danger de contagion. Mon père répondit: 

- Dieu ne me payera pas par le mal, le bien que je fais pour Lui. 

Et il en fut ainsi. Mon père avait raison d'avoir confiance, car j'ai presque 82 ans et je n'ai pas encore ressenti le moindre symptôme de cette maladie.



Résolution :

Rappelons-nous quelques unes des œuvres de miséricorde corporelle : donner à manger à ceux qui ont faim, donner à boire à ceux qui ont soif, visiter les infirmes ...  En ce temps de Noël, pensons à visiter ou soulager l'un ou l'autre malade. 

vendredi 3 novembre 2017

NOVEMBRE 2017

Le soulagement des âmes du Purgatoire


FONDEMENT ET EXCELLENCE DE CETTE CHARITÉ :


Saint Thomas énonce le principe de cette doctrine relative aux suffrages pour les morts en disant « Tous les fidèles en état de grâce sont unis par la charité et sont les membres d'un seul corps, celui de l’église. Or dans un organisme, chaque membre est aidé par les autres, et donc chaque chrétien peut être aidé par le mérite des autres. ( IV Sent., d. 45, q. 2, a 1. qua 2 et Suppl. q. 71, a. 1) « Sans doute, est-il dit ibid., seul Jésus-Christ constitué tête de l'humanité a pu mériter en justice pour nous, mais chaque juste peut aider son prochain par le mérite de convenance ( Ce mérite de convenance est fondé non pas sur la justice, mais sur la charité, qui nous unit à Dieu. En raison de notre charité il accorde un secours à ceux que nous aimons. Cf. Ia, IIae, q. 114, a, 6), les œuvres satisfactoires et la prière. 

Et ce qui est dit du prochain, est vrai des âmes du purgatoire, car elles appartiennent à l'Église souffrante. 

C'est un devoir de charité d'aimer Dieu, auteur de la grâce par dessus tout, et d'aimer comme soi-même les enfants de Dieu et ceux appelés à le devenir, tous ceux qui sont appelés à la même béatitude éternelle que nous. Or ces âmes souffrantes sont par la grâce sanctifiante, enfants de Dieu, et elles le sont pour toujours ; la Sainte Trinité habite en elles, Jésus vit en elles intimement. Nous devons donc les aimer comme notre prochain, d'autant que plusieurs sont de la même famille terrestre que nous, et nous avons des devoirs spéciaux de charité envers les âmes de nos parents défunts. 

Cette charité doit s'exercer d'autant plus que ces âmes souffrantes ne peuvent plus rien faire pour elles-mêmes : elles ne peuvent plus mériter, ni satisfaire, ni recevoir les sacrements, ni gagner des indulgences ; elles ne peuvent qu'accepter et offrir leur souffrance ou satispassion. Et alors il convient grandement de les aider


Il faut en outre remarquer avec le P. Faber (Tout Pour Jésus, ch. 9 du Purgatoire, 2.) , qu'en travaillant pour ces âmes souffrantes, on travaille à coup sûr, car elles seront sûrement sauvées ; ce qu'on fait pour elles n'est jamais perdu. 

Enfin la charité exercée à leur égard est excellente, car elle contribue à donner à Dieu des âmes qu'Il attire à Lui, et à obtenir à ces âmes le plus grand de tous les dons : Dieu vu face à face ; à leur obtenir plus vite l'éternelle béatitude. En même temps s'accroît la joie accidentelle de Notre-Seigneur, de sa Sainte Mère et des Saints.

Extraits de : L'éternelle vie et la profondeur de l'âme (R.P. Garrigou-Lagrange)

Exemple : 


Le trait suivant, qui m’a paru singulièrement touchant est emprunté à l’abbé Postel, traducteur de Rossignoli. Je le cite, bien qu’il soit tout à fait moderne, sur la foi de et auteur estimé. (Merveilles du purgatoire.) 

Ce trait paraît être arrive à Paris en 7. 

Une pauvre servante, élevée chrétiennement dans son village, avait adopté la sainte pratique de faire dire, chaque mois, sur ses modiques épargnes, une messe pour les âmes souffrantes. 

Amenée avec ses maîtres à Paris, elle n’y manqua pas une seule fois. Se faisant d’ailleurs une loi d’assister elle-même au divin sacrifice, et d’unir ses prières à celles du prêtre, spécialement en faveur de l’âme dont l’expiation n’avait plus besoin que de quelque chose pour être achevée. C’était sa demande ordinaire. Dieu l’éprouva bientôt par une longue maladie, qui non seulement la fit cruellement souffrir, mais lui fit également perdre sa place, et épuiser ses dernières ressources. Le jour où elle put sortir de l’hospice, il ne lui restait plus que vingt sous pour tout argent. Après avoir fait au Ciel une prière pleine de confiance, elle se mit en quête d’une condition. On lui avait parlé d’un bureau de placement, à l’autre bout de la ville. Elle s’y rendait, lorsque l’église Sainte-Eustache se trouvant sur sa route, elle y entra. La vue d’un prêtre à l’autel lui rappela qu’elle avait manqué ce mois-là, à sa messe ordinaire des défunts, et que ce jour était précisément celui où depuis des années elle s’était procuré cette consolation. Mais comment faire ? Si elle se dessaisit de son dernier franc, il ne lui restera pas même de quoi apaiser sa faim. Ce fut un combat entre sa dévotion et la prudence humaine. La dévotion l’emporta : « Après tout, se dit-elle, le bon Dieu voit bien que c’est pour lui. Il ne saurait m’abandonner. » 

Elle entre à la sacristie, remet son offrande, puis assiste avec sa ferveur accoutumée à cette messe. 

Elle continuait sa route quelques instants après, pleine d’une inquiétude que l’on comprend. Dénuée de tout, que faire si un emploi lui manque ? Elle était dans ses pensées, quand un jeune homme pâle, d’une taille élancée, d’un air distingué, s’approche d’elle et lui dit : « Vous cherchez une place ? » 

« Oui, Monsieur » 

« Eh bien, allez à telle rue, tel numéro chez madame…. je crois que vous lui conviendrez et que vous serez bien là ! » Et il disparaît dans la foule des passants, sans attendre les remerciements de la pauvre fille. 

Elle se fait indiquer la rue, arrive au numéro, et monte à l’appartement qu’on lui désigne. Sur le palier, une domestique en sortait, un paquet sous le bras et murmurant des paroles de plainte et de colère. « Madame y est-elle ? », demande la nouvelle venue. « Peut-être oui, peut-être non, répond l’autre. Que m’importe ? Madame ouvrira elle-même si cela lui convient. Je n’ai plus à m’en mêler, adieu ! » 

Et elle descend, et notre pauvre fille sonne en tremblant, et une voix douce lui dit d’entrer. Elle se trouve en face d’une dame âgée, d’un aspect vénérable qui l’encourage à exposer sa demande. 

« Madame, dit la servante, j’ai appris que vous aviez besoin d’une femme de chambre, et je viens m’offrir à vous. On m’a assuré que vous m’accueilleriez avec bonté. » 

« Mais ma chère enfant, ce que vous dites là est bien extraordinaire. Ce matin, je n’avais absolument besoin de personne. Depuis une demi-heure seulement, j’ai chassé une insolente domestique, et il n’est personne au monde, hormis elle et moi, qui le sache encore ! Qui donc vous envoie ?» « C’est un Monsieur que j’ai rencontré dans la rue, qui m’a arrêtée pour cela, et j’en bénis Dieu car il faut absolument que je sois placée aujourd’hui, il ne me reste pas un sou ! » 

La vieille dame ne pouvait comprendre qui était ce personnage et se perdait en conjectures, lorsque la servante, levant les yeux au-dessus d’un meuble du petit salon, aperçut un portrait. « Tenez Madame, dit-elle aussitôt, ne cherchez pas plus longtemps, voilà exactement la figure du jeune homme qui m’a parlé, c’est de sa part que je viens ! » 

A ces mots, la dame pousse un grand cri, et semble prête à perdre connaissance. Elle se fait redire toute cette histoire, celle de la dévotion aux âmes du purgatoire, de la messe du matin, de la rencontre de l’étranger, puis se jetant au cou de la pauvre fille, elle l’embrasse avec effusion. « Vous ne serez point ma servante. Dès cet instant, je vous regarde comme mon enfant. C’est mon fils, mon fils unique que vous avez vu, mon fils mort depuis deux ans qui vous a dû sa délivrance, je n’en puis douter, et à qui Dieu a permis de vous envoyer ici. Soyez donc bénie, et désormais nous prierons ensemble pour tous ceux qui souffrent avant d’entrer dans la bienheureuse éternité. »

Extraits de : Le Purgatoire d'après les Révélations des Saints (Abbé Louvet )

Résolution

Quels sacrifices ferons-nous en ce mois spécialement consacré aux défunts pour soulager les âmes du purgatoire ?

jeudi 7 septembre 2017

SEPTEMBRE 2017

L'esprit de pauvreté


On connaît l'éloge que le vicaire Joseph Sarto prononça de la signorita Elisabeth Viani, grande dame très humble, grande riche très aumônière, bienfaitrice de Tombolo (...) C'est une fort belle chose, cette oraison funèbre, en ceci notamment que le vicaire pauvre, fils de pauvres, louait la richesse chrétiennement employée, l'élevait à la haute dignité que l’Évangile reconnaît à la pauvreté, et déclarait que la première béatitude du sermon sur la Montagne, « Heureux les pauvres... » a été proclamée, par le Christ, pour les riches qui savent être pauvres.

« Je n'entends pas, disait-il, louer cette nécessaire et inévitable nécessité de la vie à laquelle sont condamnés ceux qui naquirent de familles sans ressources, et manquent de moyens pour améliorer leur condition, car, pour mériter l'éloge, ils doivent patiemment, transformer en vertu leur misère. Je n'appelle pas non plus vrais pauvres ceux qui, habillés en haillons, et vivant de mendicité, errent dans nos pays, parce que la plupart du temps, sous les apparences de la pauvreté, ils cachent une richesse de désirs : mais, selon la loi d'esprit et de vérité, j'appelle pauvre celui qui, même comblé de richesses, renoncent moralement, de cœur et de volonté, à tout le bien que la terre peut lui offrir. »

 (Pie X par René Bazin p 41,42)

Nous pourrions citer nombre d'exemples de la vie de ce saint où lui-même pratiquait cet esprit de pauvreté en faisant la Charité ... au grand désespoir de ses sœurs! Relisons bien vite une biographie de ce saint pour nous rafraîchir la mémoire.

Résolution

Examinons-nous sur la manière dont nous vivons ce véritable esprit de pauvreté (qui permet bien souvent de pratiquer la Charité autour de nous)

vendredi 11 août 2017

AOÛT 2017

Pratique de l'indulgence

L’esprit de dureté porte à juger sévèrement le prochain et à le condamner impitoyablement. Sentence conforme peut-être à la vérité et à la justice, mais qui franchement manque de mansuétude. Les moindres faux-pas sont relevés et soulignés avec aigreur. Devant les défauts corporels, les déficiences intellectuelles, les fautes morales, la critique s’exerce, acerbe jusqu’à la cruauté. Si encore ces redresseurs de torts et incorruptibles justiciers voulaient bien admettre certaines excuses et reconnaître quelques circonstances atténuantes ! Loin d’exciter la pitié, la misère d’autrui ne fait chez eux que provoquer l’irritation et le mépris.

Au lieu de voiler certaines plaies douloureuses ou honteuses, il semblerait qu’on se fait un malin plaisir de les mettre à nu et de les débrider.

Partout il se rencontre des tempéraments difficiles, ombrageux, susceptibles, des caractères acariâtres, grossiers, exigeants. Beaucoup s’en plaignent amèrement, sans aménité. Quant à la miséricorde, elle se contente de les plaindre gentiment de les supporter. Portare onerosos et graves.

A cette dureté de pensée, de parole et d’attitude à l’égard de la masse incroyante, communisante, païenne, ne serions-nous pas facilement exposés, nous les privilégiés de la grâce : catholiques, religieux, prêtres ?

Les englobant tous dans un jugement sommaire et sans appel, nous les taxons volontiers de mauvaise foi, de secta­risme, d’impiété, alors que beaucoup d’entre eux ne sont que de pauvres égarés, que la misère a aigris et que l’infor­tune a révoltés. Nés comme eux de parents, parfois indignes et tarés, élevés sans foi ni moralité, jetés sans défense dans une société corrompue, que serions-nous devenus nous-mêmes ? Intransigeants quand il s’agit des droits de la vérité, ne pourrions-nous user de miséricorde vis-à-vis des personnes, dont beaucoup sont plus dignes de pitié que d’exécration. Au demeurant, qu’avons-nous fait pour les éclairer et les ramener au bercail ?

« Commencer, selon le conseil de Pascal, par plaindre les incrédules ; ils sont assez malheureux par leur condition. Il ne les faudrait injurier qu’en cas que cela servit, mais cela leur nuit. » « Vous qui êtes dans l’Église, n’insultez point ceux qui sont au dehors, mais priez plutôt, afin qu’ils viennent vous y rejoindre1. »

Facilement, si on n’y veille, l’esprit de dureté dégénère en aversion, laquelle se traduit dans l’attitude et toute la conduite. Alors que la charité rapproche, unit et que la miséricorde s’incline et s’épanche, l’esprit d’aversion éloigne, sépare, ferme le cœur et le durcit. Il fait prendre en grippe les frères disgraciés ou coupables. On ne peut plus les voir, dit-on, tellement ils sont insociables ou rebutants. On va donc éviter leur présence, fuir leur compagnie et se réserver de les aimer à distance.

Mais alors, de quel œil et avec quelle tristesse, verront-ils cette « excommunication », tous ses malheureux, qui bien souvent, conscients de leurs déficiences et misères, sont les premiers à en souffrir ? Seraient-ils donc des lépreux à tenir à l’écart de la société ? De tels sentiments d’aversion, si on n’y veille, ne peuvent conduire qu’à la malveillance et à la haine.

A cet esprit d’indifférence, de dureté, d’aversion, la jeunesse est plus particulièrement exposée. C’est que l’exercice de la miséricorde exige, avec pas mal de sagesse et de lumières sur la misère humaine, une certaine expérience de la souffrance et de la vie.

Pour s’apitoyer, il faut avoir soi-même souffert. Qui a expérimenté combien il est doux et consolant de rencontrer sur son chemin une âme bonne qui, prenant part à nos peines, nous encourage, nous relève, celui-là sera porté lui aussi à rendre à l’occasion le même service de charité.

« On a le cœur ouvert à la pitié, dit Aristote, quand on se croit exposé à souffrir, quand on est vieux, parce que l’âge nous a appris à réfléchir sur les choses et nous a donné une rude expérience, quand on est éclairé parce qu’alors on voit juste. »

Toutes qualités assez rares chez les jeunes et dont l’absence leur vaut parfois la réputation d’être sans cœur et sans pitié.

Et ne serait-ce point pour ce motif encore que certains confessionnaux sont si achalandés ? On y rencontre quelque bon vieux père qui en a tant entendu, qui a tant pardonné et qui sait bien, peut-être un peu aussi par expérience personnelle, ce que c’est que la pauvre humanité !

R.P. Colin (Aimons nos frères, p 365-367)
 
Sur ce même sujet, nous ne pouvons que vous recommander ce sermon de M. l'abbé Salenave
 

 Résolution

Chaque soir, examinons-nous sur notre manière de considérer ou de parler des pécheurs (ou de ceux que nous considérons comme tels) ... 

samedi 1 juillet 2017

JUILLET 2017


La Foi, colonne vertébrale de la Charité



 

Résolution

 Comme Mgr Williamson nous le conseille, supportons paisiblement ce que nous ne pouvons changer. Et surtout, ne méprisons pas nos semblables;  ayons de la compassion , ce qui n'est pas la mollesse ou la faiblesse en doctrine car la Foi est la colonne vertébrale de la Charité.